Cybersécurité, RGPD & IA : Les actus à ne pas manquer de septembre 2026

Actualités•October 1, 2026

Un agent d’OpenAI force l’accès à un portail public australien

Le 18 juin, un agent IA utilisé par OpenAI pour une recherche interne sur les dépenses de médicaments tombe sur un portail public australien, le Medicare Statistics Reporting Service. Après avoir contourné des protections bloquant l’accès à certaines zones du portail, l’agent ouvre des fichiers qui n’étaient pas censés être publics. Selon le Premier ministre Anthony Albanese, il aurait même écrit sur un serveur interne (l’enquête est en cours).

Aucune donnée de patient n’a fuité, car le portail ne diffuse que des statistiques agrégées. Néanmoins, Canberra parle d’un incident « très grave », et pour cause. Personne n’a demandé à l’agent de forcer le passage ; il l’a fait seul, pour atteindre son objectif.

Et OpenAI n’a pas vraiment pressé le pas. Incident découvert le 11 août, signalé le 10 septembre par un e-mail envoyé à l’adresse publique de Services Australia. « Inacceptable », a tranché Anthony Albanese, qui l’a dit en face à Sam Altman, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Une task force, pilotée par les services du Premier ministre avec l’Australian Signals Directorate et l’AI Safety Institute, va désormais passer au crible la sécurité des réseaux gouvernementaux australiens et les procédures de notification.

Peu de dégâts, donc ; mais un aveu qui pèse lourd, signé OpenAI lui-même : « nos modèles ont entrepris des actions que nous n’avions pas voulues ». Pas très rassurant, n’est-ce pas ?

Source : ABC News

Amendes RGPD : le CEPD veut en finir avec les sanctions à géométrie variable

Pour une même infraction au RGPD, faut-il une amende ou un simple rappel à l’ordre ? Le Comité européen de la protection des données (CEPD) veut que toutes les autorités européennes répondent de la même façon. Réuni en plénière en septembre, il a adopté des lignes directrices qui fixent une méthode commune pour décider d’infliger, ou non, une amende administrative.

La méthode tient en cinq étapes :

  • vérifier que l’infraction peut justifier une amende ;

  • identifier qui en répond (responsable de traitement ou sous-traitant) ;

  • apprécier si elle est intentionnelle ou relève de la négligence ;

  • peser les circonstances aggravantes et atténuantes ;

  • s’assurer que l’amende serait effective, proportionnée et dissuasive.

Quatorze exemples pratiques l’accompagnent, et le texte le rappelle au passage : l’amende n’est pas la seule réponse possible, surtout pour une infraction mineure.

Pour les DPO, l’intérêt du texte tient moins au montant des amendes qu’à ce qu’il dit de la préparation. Chacune de ces étapes se joue sur des éléments que vous pouvez documenter dès aujourd’hui : qui décide quoi dans vos traitements, ce que vous avez fait pour limiter un dommage, la façon dont vous coopérez avec l’autorité. Autant de circonstances atténuantes qui, le jour d’un contrôle, ne pèsent que si elles ont laissé une trace.

Le texte est ouvert à consultation publique jusqu’au 13 novembre. Ah, une dernière chose : lors de la même séance, le CEPD a aussi adopté la version définitive de ses lignes directrices sur l’articulation entre RGPD et DSA, dont on vous présentait le projet il y a tout juste un an.

Source : CNIL

500 000 euros pour l’Hôpital Privé de la Loire : la sécurité de base ne se négocie pas

Été 2025 : un attaquant se connecte au dossier patient informatisé de l’Hôpital privé de la Loire. Il accède aux données de 524 867 patients et de 202 246 personnes enregistrées comme « tiers de confiance ». Un an plus tard, la note tombe : 500 000 euros d’amende, prononcée par la CNIL le 3 septembre.

Ce que le contrôle a révélé ? Des manquements élémentaires :

  • ni VPN ni authentification multifacteur pour les utilisateurs externes ;

  • des habilitations mal gérées ;

  • aucune détection des activités suspectes.

Et un oubli de taille : les tiers de confiance n’ont jamais été prévenus, alors que l’article 34 du RGPD impose d’informer les personnes concernées lorsque le risque est élevé. L’hôpital a désormais de trois à quinze mois pour se mettre à niveau.

Source : CNIL

Cyberattaques en série contre l’État : l’ANSSI passe en mode intervention

Souvenez-vous : fin août, après le piratage de la DGFiP, Matignon promettait une « unité de première intervention ». La voici, baptisée REACTIV, pour « Réponse et action interministérielle face aux violations de données ». On reconnaît l’effort créatif côté acronyme.

Pas de nouvelle structure, mais une bascule : une partie des moyens de l’ANSSI est temporairement réorientée vers les compromissions de comptes et les exfiltrations de données dans les ministères. Et l’agence gagne en autorité : elle pourra imposer aux ministères, dans des délais serrés, les mesures qu’elle juge nécessaires pour protéger les données qui leur sont confiées.

Pourquoi maintenant ? Parce que la menace a changé de visage. Aux États et aux groupes criminels organisés s’ajoutent désormais, selon Vincent Strubel, directeur général de l’ANSSI, de jeunes attaquants peu coordonnés qui recyclent des bases de comptes déjà compromis. Leur méthode, le « hit and run » : frapper vite, sur des systèmes jusque-là peu ciblés, sans chercher à monter en privilèges ni à effacer ses traces. L’objectif de l’agence est donc assumé : « limiter la casse », le temps que les mesures de fond produisent leurs effets.

Reste un paradoxe, déjà relevé en juin : la France n’a toujours pas transposé NIS 2, mais l’État en applique déjà l’essentiel dans sa feuille de route cyber 2026-2027. Pour une fois, la pratique a de l’avance sur le texte.

Source : Silicon

Vous voulez rester à l'affût des actus ?

Marre des newsletters qui encombrent votre boîte mail ? Nous aussi.
La nôtre, c’est : un recap des actus clair, des tips concrets, des outils prêts à l’emploi.
Bref, tout ce qui vous simplifie la vie, rien de plus.

Nous (Witik) collectons et traitons vos données conformément à notre Politique de protection des données.

Cloud souverain : les armées européennes freinent Bruxelles

Avec le Cloud and AI Development Act (CADA), Bruxelles s’attaque à la dépendance aux clouds américains. Le texte de la Commission européenne veut encadrer le recours aux clouds étrangers pour les services publics les plus sensibles, avec quatre niveaux d’assurance attribués après analyse des risques et audit. Au premier, on vérifie surtout que les données restent dans l’Union ; aux suivants s’ajoutent l’indépendance vis-à-vis des pays tiers, la transparence de la chaîne d’approvisionnement et le contrôle du fournisseur.

Sauf que les armées européennes tiquent, rapporte le Financial Times. Leurs systèmes reposent largement sur des technologies américaines, et des règles trop strictes pourraient en compliquer l’usage, comme l’interopérabilité avec l’Otan. Selon des responsables interrogés par le quotidien, l’avance américaine dans le cloud et l’IA militaires se compterait en années : huit à dix. Les pays du Nord et de l’Est seraient les premiers à réclamer de la souplesse.

Bruxelles relativise : environ 1 % seulement des services publics européens relèveraient du niveau le plus exigeant, et le texte mettra du temps à s’appliquer. Il ne vise que les services publics, mais ses quatre niveaux pourraient vite devenir une grille de lecture pour toute organisation qui choisit un cloud. Réduire la dépendance aux hyperscalers, tout le monde est pour ; le faire sans désarmer ceux qui en dépendent le plus, c’est une autre histoire.

Source : Financial Times

Numspot et Mistral AI lancent une IA managée « opérée de bout en bout en France »

Des modèles français, un cloud français, une exploitation française : c’est la promesse de l’offre lancée le 15 septembre par Numspot et Mistral AI. Les modèles et outils de Mistral tournent sur l’infrastructure de Numspot, qui gère tout le reste (GPU, orchestration, stockage, supervision, mises à jour, sécurité). Le client, lui, n’a qu’un interlocuteur.

Derrière Numspot, créé en 2023, on trouve Docaposte, la Banque des Territoires, Dassault Systèmes et Bouygues Telecom. La cible : grands comptes, acteurs publics et secteurs réglementés. Son offre IaaS est qualifiée SecNumCloud ; le service managé Mistral, en revanche, est encore en cours de qualification.

Et la nuance compte : la souveraineté d’une offre s’évalue couche par couche (hébergement, exploitation, services), et tant que le service managé n’est pas qualifié, la garantie porte surtout sur l’infrastructure. Pour un RSSI ou un DPO qui doit trancher, la bonne question à poser au fournisseur reste donc simple : qu’est-ce qui est qualifié aujourd’hui, et qu’est-ce qui ne l’est pas encore ? L’offre répond en tout cas à une vraie attente : faire tourner des modèles performants en production, sans hyperscaler américain ni équipe d’infrastructure maison.

Affaire à suivre.

Source : Numspot

Data centers : à Marseille, Phocea DC fait le pari du petit

Pendant que la France déroule le tapis rouge aux campus géants, Phocea DC joue petit, et c’est voulu : un réseau de data centers « edge » de quelques mégawatts, en pleine ville, au plus près des entreprises et des points d’interconnexion.

Le premier site a ouvert en janvier 2025 dans le 3e arrondissement ; un deuxième est en développement, pour un réseau d’environ 12 MW au total. La recette tient en trois principes :

  • réhabiliter des bâtiments existants plutôt que bétonner de nouvelles parcelles ;

  • refroidir sans eau ;

  • récupérer la chaleur des serveurs pour les réseaux de chauffage urbain voisins.

Le pari a ses limites : moins d’économies d’échelle qu’un campus hyperscale, et un réseau électrique que les très grands projets se disputent déjà. Il rappelle pourtant que la souveraineté numérique ne se joue pas que dans les gigafactories dont on vous parlait en mai et en juillet ; elle passe aussi par des capacités locales, proches des usages. Pour une entreprise de la région qui veut héberger ses données au plus près, sans passer par un hyperscaler, c’est aussi une option de plus sur la table.

Source : Made in Marseille

Données de santé : l’Estonie fait venir l’IA d’Owkin… sans déplacer les dossiers

Le 29 septembre, la biotech française Owkin et Metrosert, l’organisme public estonien de recherche appliquée, ont annoncé un pari original : faire venir l’IA aux données de santé du pays, plutôt que l’inverse. Au cœur du projet, K Pro, la plateforme d’IA agentique d’Owkin, testée d’abord en oncologie, où se croisent données cliniques, moléculaires et d’imagerie.

Concrètement, K Pro sera déployé dans l’infrastructure de recherche sécurisée estonienne. Les données individuelles brutes n’en sortiront pas, et seuls des chercheurs habilités pourront y travailler. On n’en est qu’à la phase de faisabilité : cohortes pilotes à définir, architecture définitive (fournisseur cloud compris) encore à arrêter.

Pour la recherche en santé, l’approche a de quoi séduire : exploiter des données très sensibles sans multiplier ni les copies ni les transferts. Reste à savoir où tournera l’infrastructure, et qui l’opérera.

Source : BankInfoSecurity

Avec Astra for Law, OpenAI s’invite chez les juristes

Nouveau terrain de jeu pour OpenAI : le droit. Lancé le 17 septembre, Astra for Law décline GPT-6 Astra pour les juristes. Au programme ? Le modèle, un index de plus de 230 millions d’URL (jurisprudence, lois, règlements et décisions administratives américaines) et des outils pour chercher des précédents, analyser des faits ou bâtir une argumentation. Pour l’instant, seuls quelques cabinets américains y ont accès, dont Sullivan & Cromwell, Ropes & Gray et Cooley.

Pour rassurer les cabinets, OpenAI promet zéro conservation des données sur l’API et, pour les clients éligibles, aucune revue humaine des conversations. Quant aux performances, son propre test (200 questions de droit américain) affiche 54 % de bonnes réponses, contre 38,7 % pour GPT-6 Astra avec une simple recherche web. Un net progrès… mesuré en interne, et qui laisse encore près d’une réponse sur deux à côté.

Au-delà du produit, l’annonce éclaire surtout la stratégie d’OpenAI : ne plus seulement vendre un modèle, mais devenir la brique sur laquelle s’appuient les éditeurs spécialisés, comme Harvey ou Legora, et se brancher sur les outils que les cabinets utilisent déjà, d’iManage à Thomson Reuters. Pour les directions juridiques et les DPO, l’enjeu devient très concret : savoir quel modèle tourne derrière chaque outil juridique, où partent les données qu’on lui confie, et l’écrire noir sur blanc dans les questionnaires fournisseurs.

Source : Le Monde Informatique

Les cyberattaques du mois

Jinko : les données médicales de plus de 3 500 patients atteints d’un cancer dans la nature

Le 7 septembre, une archive présentée comme issue de Jinko apparaît sur un forum cybercriminel. La plateforme française accompagne les personnes atteintes d’un cancer ; environ 3 550 comptes seraient concernés. Jinko confirme un accès non autorisé et une exfiltration de données, sécurise ses systèmes, prévient les personnes touchées et annonce une plainte.

Le contenu revendiqué est d’une sensibilité rare : identités et coordonnées, mais aussi type de cancer, stade de la maladie, traitements, antécédents, plus de 20 000 messages échangés sur la plateforme et des documents médicaux. De quoi rendre redoutablement crédible un faux message sur un traitement ou un rendez-vous.

Almerys en mai, MesVaccins.net en juin, Solimut en août… et maintenant Jinko. Dans la santé, la liste s’allonge, et chaque nouvel acteur numérique du parcours de soins ajoute une base de données sensibles à protéger.

Le ministère de la Transition écologique visé à son tour

Après la DGFiP, au tour du ministère de la Transition écologique. Début septembre, il reconnaît une « attaque informatique sophistiquée » contre ses outils de messagerie. L’ANSSI, qui intervient auprès de plusieurs de ses administrations, évoque des « suspicions de compromission de certains comptes utilisateurs ». Le 2 septembre, plusieurs sites du ministère sont hors ligne ; le parquet est saisi.

Sur un forum criminel, un utilisateur anonyme affirme détenir plusieurs milliers de données du ministère. Prudence toutefois : aucune exfiltration n’est confirmée, et on ignore encore combien de comptes sont touchés comme la nature des données revendiquées. Une pièce de plus dans la série noire qui a donné naissance à REACTIV.

Dropbox : 5 000 comptes ouverts sans un seul mot de passe volé

Aucun mot de passe volé, a priori aucune intrusion dans les serveurs : entre le 4 et le 21 août, a révélé Dropbox début septembre, des attaquants sont pourtant entrés dans environ 5 000 comptes Dropbox. Leur porte d’entrée ? Une vieille intégration avec Lenovo ID, dont la vérification des e-mails permettait de créer un identifiant Lenovo avec l’adresse d’une victime, puis d’ouvrir le compte Dropbox associé. Dans moins d’un tiers des comptes, des fichiers ont été consultés ou téléchargés.

Point commun des victimes : aucune n’avait activé la double authentification. Dropbox a depuis coupé le lien avec Lenovo, révoqué les sessions concernées et prévenu les utilisateurs ; Lenovo assure que ses propres clients ne sont pas touchés. Une intégration oubliée, une vérification bancale, un second facteur absent : de quoi donner envie d’aller vérifier les connexions tierces encore actives sur vos propres comptes.

Et voilà, vous êtes à jour !

Si une actu vous a interpellé, n’hésitez pas à creuser via les articles source. Et pour les prochaines, restez connectés. On revient fin octobre avec un nouveau récap’ !

Benjamin BarattaWitik - Expert RGPD & CSM