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Nos téléphones, des espions nouvelle génération ?

A qui cela n’est pas arrivé ? Vous discutez d’un nouveau produit, d’un nouveau service ou d’un voyage et qu’est-ce que vous retrouvez dans les publicités proposées ? Ce produit, ce service ou cette destination ! Pourtant vous le jurez, vous n’avez fait aucune recherche sur le navigateur de votre smartphone. Vous en avez simplement parlé à votre ami autour d’un café. Mais alors ? Votre téléphone serait-il un espion qui écoute vos conversations ? Selon un sondage publié le 3 mars 2020 dans le magazine Ville Intelligente, 80% des 234 répondants affirment que leurs téléphones les écoutent.

Non, il semblerait que vous ne soyez pas paranoïaque ! Selon Peter Henway, ex-chercheur à l’Université Edith Cowan et consultant de la société de cyber sécurité Asterisk, « nos téléphones nous écoutent ». Bien que, sur le sujet, existent de nombreuses zones d’ombre, il semblerait, selon ses dires, qu’on doive distinguer les enregistrements effectués par nos téléphones de ceux effectués par des applications tierces pour appréhender ce sujet. 

 

Téléphone et applications. Pour que nos téléphones nous écoutent et enregistrent, à notre insu, des « extraits audio », il faut un déclencheur qui ne serait autre que l’activation d’un assistant vocal tel que « dis Siri », « Ok Google ou « Alexa ». Dès lors qu’ils sont prononcés, ces mêmes mots activent l’enregistrement des données vocales par nos appareils. En dehors de ces usages, seules les données directement saisies dans nos téléphones sont censées être traitées. Toutefois, de nombreuses zones d’ombre subsistent pour ce qui concerne l’enregistrement d’extraits audios par des applications comme Facebook ou Instagram, à qui on donne le droit d’utiliser nos microphones et caméras. Ces mêmes applications se serviraient occasionnellement de nos micros pour capter des enregistrements audio et les enverraient à leurs serveurs sans que l’on puisse connaitre les modalités d’accès à ces données ou identifier les déclencheurs d’enregistrement.


Facebook. Sam Nicohls, journaliste chez VICE, s’est intéressé au sujet et a décidé de faire des tests pendant cinq jours en évoquant à voix haute son besoin de vêtements pas chers, son envie de retourner à l’université ou encore son manque d’espace de stockage, afin de vérifier si cela impactait les publicités proposées par Facebook. Il n’a pas eu besoin d’effectuer ces tests trop longtemps puisqu’il a constaté très rapidement que les publicités proposées faisaient référence à des cours d’université, des vêtements à prix abordables et à des espaces de stockage en ligne… Qu’en conclut le journaliste ? Facebook nous écouterait et il ne serait potentiellement pas le seul !  


L’avis de l’expert. D’après Peter Henway, il pourrait y avoir des milliers de déclencheurs qui activeraient l’enregistrement de nos données vocales par les grandes plateformes de réseaux sociaux. Facebook nie catégoriquement ces pratiques d’espionnage et d’écoute contrairement à Google qui l’a confirmé et l’assume pleinement. Toujours d’après le consultant, si Google le fait, les autres sociétés du numérique ne doivent pas s’en priver au regard des enjeux marketing, de leurs conditions d’utilisation et des lois qui l’autorisent. MAIS, il poursuit en précisant qu’ « il n’y a aucun moyen d’en être sûr ».


Oups. Le problème qui se pose notamment pour une société comme Facebook basée aux États-Unis est que les agences de surveillance étatiques peuvent accéder à toutes les données quelle que soit la législation du pays. Alors oui, ces écoutes et enregistrements peuvent, en plus d’être collectés à notre insu, servir aux annonceurs voire, se retourner contre nous. Si cela n’est pas si dangereux pour un citoyen lambda, il pourrait le devenir pour une personne traitant des données sensibles, selon sa profession notamment.


Rappelons que pour qu’un traitement soit légal, l’utilisateur doit en être informé et y consentir pour une cause spécifique. Lorsqu’on utilise ces applications tierces, qu’on accepte leurs conditions d’utilisation et qu’on autorise l’utilisation de notre microphone, il semble qu’on accorde aussi le droit à ces applications d’enregistrer des bouts de conversations pour la personnalisation des campagnes publicitaires. Une pratique pour le moins « borderline » et non conforme eu égard à la réglementation en vigueur.


Steve Wozniak, co-fondateur d’Apple, se dit très inquiet de cette situation de fait et du manque de respect de la vie privée de la part des grandes plateformes de réseaux sociaux. Il n’a pas hésité à pointer du doigt Facebook, qu’il a quitté suite au scandale Cambridge Analytica, et à inviter tous les utilisateurs à supprimer leurs comptes comme il l’a fait. Il va jusqu’à affirmer que « les sociétés du numérique savent tout de nous, jusqu’à notre fréquence cardiaque ». Il n’y a, selon lui, aucun moyen d’y mettre un terme si ce n’est de clôturer les comptes sur les réseaux sociaux. Très préoccupé par la confidentialité des données et le respect de la vie privée, il encourage même les géants du web à proposer un abonnement pour que soient conservées et sécurisées les données personnelles.   


Quel avenir ? Le traitement des données personnelles, en plus d’être plus qu’inquiétant pour la protection de nos vies privées, fait naître beaucoup de questions : Quel sort est réservé à ces données ? Quelles sont les modalités d’enregistrement de ces données ? Quelles mesures de sécurité et de conservation les encadrent ? Devrons-nous bientôt payer pour protéger notre vie privée ? Jusqu’où iront ces sociétés du numérique dans la violation de nos droits ? Quand aurons-nous des réponses claires ? Autant de questions qui, pour l’instant, restent sans réponse.

Maya Moghrani, Consultante Compaas

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