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- Quand utiliser l’intérêt légitime pour votre IA ?
Quand mobiliser (ou pas) l’intérêt légitime pour développer votre IA ?
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Développer un système d’IA en s’appuyant sur la base légale de l’intérêt légitime ? C’est tentant. C’est même souvent la voie la plus “pratique” pour les acteurs privés. Mais c’est aussi un terrain miné si on ne coche pas les bonnes cases.
La CNIL l’a rappelé très clairement dans ses nouvelles recommandations sur le développement des systèmes d’IA publié fin juin 2025 : l’intérêt légitime n’est pas un joker. Il faut le manier avec rigueur, tact… et quelques garanties béton.
Voici ce qu’il faut retenir.
Pourquoi l’intérêt légitime ?
Parce que demander un consentement à chaque étape du développement d’un modèle, ce n’est pas toujours réaliste. Surtout quand les données sont collectées à grande échelle, ou indirectement.
C’est là que l’intérêt légitime entre en scène. Il permet, sous certaines conditions, de traiter des données personnelles sans demander l’accord préalable de la personne concernée.
Mais ce n’est pas un passe-droit. C’est un équilibre à trouver, entre les besoins du responsable de traitement… et les droits des personnes.
Trois conditions pour que ça passe
Un intérêt… vraiment légitime
L’intérêt poursuivi doit être :
Licite (on évite les usages borderline),
Défini de façon claire,
Et réel, pas hypothétique.
Par exemple :
Détecter des comportements frauduleux
Développer un agent conversationnel
Améliorer un service existant
Mener des travaux de recherche
À noter : un intérêt purement commercial peut être recevable… s’il ne va pas à l’encontre de la loi, et qu’il est bien cadré.
En revanche, on oublie les projets flous (“offrir de nouveaux services”) ou les usages illégaux (profilage publicitaire de mineurs, collecte sauvage de contenus protégés...).
Un traitement nécessaire
Pas de raccourci ici non plus : le traitement doit être strictement nécessaire à l’objectif poursuivi. Il faut démontrer qu’il n’y a pas d’alternative moins intrusive.
Et on évite de collecter des données “au cas où”. L’IA ne doit pas devenir un prétexte à l’aspiration massive.
Par exemple :
Si des données synthétiques suffisent → on les privilégie.
Si les données peuvent être anonymisées rapidement → on le fait.
Si on peut atteindre l’objectif avec moins de données → on réduit la voilure.
Une mise en balance qui tient la route
C’est le cœur du sujet.
Même si l’intérêt est légitime et que le traitement est nécessaire, encore faut-il s’assurer que les droits des personnes ne sont pas trop impactés.
Il faut donc :
Identifier les bénéfices réels du projet (pour soi, mais aussi pour la société, les utilisateurs…)
Identifier les risques concrets pour les personnes (atteintes à la vie privée, biais, manque de transparence, etc.)
Mettre en place des garanties solides pour compenser
Ce que dit la CNIL
Voici, en substance, les lignes rouges à ne pas franchir :
Ce qui coince :
Collecte “indiscriminée” de données (ex : scraping sans filtrage)
Données sensibles aspirées sans garde-fous
Finalité floue ou non déclarée
Aucune information aux personnes
Pas de droit d’opposition possible
Absence totale de contrôle ou de documentation
Ce qui peut passer :
Données manifestement publiques, issues de sources autorisées
Objectif clair, licite, documenté
Mesures techniques de réduction des risques (pseudonymisation, filtrage…)
Information claire + possibilité de s’opposer facilement
Démarche éthique documentée
Les garanties attendues (exemples concrets)
Pour convaincre, il faut prouver qu’on a pensé à tout. Et surtout aux personnes concernées.
La CNIL attend notamment :
Anonymisation ou pseudonymisation rapide des données
Filtrage des sources de données (respect des robots.txt, CGU, etc.)
Documentation de la finalité, des données, des traitements
Droit d’opposition réel, simple, visible
Limitation des risques de mémorisation (surtout pour l’IA générative)
Transparence sur les usages, les risques, les sources
Re-publication de l’AIPD (au moins partiellement)
Gestion éthique du projet (comité, référent, auditabilité…)
En résumé : ce n’est pas non plus mission impossible
S’appuyer sur l’intérêt légitime n’est pas interdit, ni risqué en soi.
Mais ça exige :
Une vraie intention éthique,
Un cadre rigoureux,
Et un bon niveau de maturité RGPD.
Le bon réflexe ? Traiter l’intérêt légitime comme une promesse d’équilibre, pas comme une dispense de règles.
Et surtout : documenter, documenter, documenter.
Vous voulez aller plus loin ? N’hésitez pas à consulter les fiches de la CNIL.
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